Kage Shinobi no RPG

~ La fin d'une génération prépare le début de la suivante... dominée par les conflits et par la guerre... ~
 
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 Nezumi Kumiko [chap.3/9]

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Nezumi Kumiko
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MessageSujet: Nezumi Kumiko [chap.3/9]   Sam 20 Juin - 14:43



Clan :
Je ne suis pas sûre que l'on puisse parler de clan. Evidemment, ma famille est relativement connue dans mon village natal mais la plupart de ses membres sont maintenant éparpillés et elle n'a jamais rien eu à voir avec les ninjas. Maintenant, si vous ne voulez savoir que mon nom, c'est Kumiko.

Prénom :
Les personnes qui connaissent mon prénom en entier sont rares car je ne me présente que par mon dimminutif : Nezu. Si je devais m'expliquer sur ce point, je dirais que c'est pour éviter toute confusion avec l'animal auquel il fait référence puisqu'il veut dire "souris", mais au fond c'est sans doute parce que l'on m'a toujours appelé ainsi à partir d'une certaine époque et que j'en ai pris l'habitude.

Âge :
15 ans

Grade :
Chuunin

Village :
Kiri no kuni

Physique :
Il me semble que je devrais commencer par ce qui me rend la plus singulière et unique par rapport aux autres. Mais il y a tant de choses étranges chez moi que je ne saurais dire laquelle domine. J'ai toujours pensé que mon corps était un fardeau bien qu'il faille croire que les personnes à le trouver beau sont plus nombreuses que je ne le souhaiterais. Avant toute chose, je pense qu'il serait bon de faire remarquer que je suis petite. Évidemment, il n'y a là rien de très marginal mais c'est une des raisons pour laquelle l'on pense souvent que je suis fragile et vulnérable. Pour autant, ma petitesse n'empêche pas mon corps d'être svelte et doté de membres longs aux muscles déliés ainsi que de formes enjôleuses qui se devinent sous mes vêtements. Il apparaît que mon allure et ma silhouette annoncent la souplesse dont je peux faire preuve avec une sorte de grâce inconsciente héritée de l'enfance. Quoiqu'il en soit, il semble évident que je ne suis pas taillée pour l'endurance et la force brute.

De toute façon, c'est une conclusion à laquelle on serait parvenu sans grand mal ; même sans prendre le soin de détailler attentivement mes gestes et mon maintient. Il suffit de croiser mon regard. Ce qui intrigue en premier lieu c'est sa couleur étrange comme des grenats dont l'éclat serait obscurci par un voile opaque. Il en ressort une impression de douceur et de calme qui correspond peut être à la façon que j'ai de toujours détailler le monde qui m'entoure avec cette curiosité posée et raisonnable qui me caractérise. Peu importe qui me détaille, on en revient toujours à mes grands yeux rouges et sombres comme s'ils étaient dotés d'un magnétisme rare. Je pense que mon teint et ma chevelure ne sont pas non plus étrangers à ce fait de part le contraste saisissant qu'ils offrent. En effet, ma peau est blanche. Non pas la blancheur blafarde qui laisse voir l'entremêlement délicat des veines, ni même celle communément blanchâtre des jeunes filles qui se cachent du soleil. Non. Elle est d'un blanc laiteux et froid, aussi douce et pure qu'une chape de brume dans laquelle brûleraient deux cendres rougeoyantes. On pourrait s'attendre à ce qu'elle soit particulièrement fragile et même si je dois admettre ne pas apprécier les longues expositions au soleil, elle ne se ternit jamais du moindre bronzage. Caressant mon cou et descendant jusqu'à mes reins, deux longues mèches s'échappent de mes cheveux courts. D'une finesse incomparable, désespérément raides et brillant de reflets violets comme une soie moirée, ils sont le dernier indice qui confirme mon albinisme.

Pour compenser, cette particularité, je ne cherche pas à attirer davantage l'attention comme en témoigne la couleur fade de ma tenue. On me verra la plupart du temps portant un kimono gris à fin motif de fleur blanche retenu par un obi blanc. Il s'arrête à hauteur des cuisses et semble un peu trop grand, recouvrant même à demi mes mains tandis que mes jambes disparaissent jusqu'au genoux sous des bottines lacées. Ses manches amples tout comme sa longueur me permettent une grande aisance et ne contraint en aucune manière mes mouvements. Je ne me rends pas vraiment pas toujours compte que mon apparence peut déstabiliser et je me méprends souvent sur les raisons de cette attitude. Ce n'est pas toujours tant ma singularité que ma beauté qui en est la cause. Peut être même sont-elles intimement liées pour expliquer ce phénomène qui m'a valu beaucoup d'ennuis par le passé et auquel je me suis finalement habituée.

Mental :
Récemment, j'entends souvent dire de moi que je suis quelqu'un d'énigmatique. Je ne sais pas vraiment s'il s'agit d'un compliment. En fait, honnêtement, j'ai même de sérieux doutes sur le sujet. Je ne pense pas être si secrète mais peut être est-ce dû à ma réserve et à ma discrétion qui ne sont pas sans rapport avec une certaine inhibition. Il est vrai que je suis dotée d'un naturel calme et pondéré qui fait de moi une personne particulièrement douce et patiente. Par ailleurs, je pense que mes qualités de sérieux et de conscience de mes devoirs me rendent sécurisante pour mon entourage et j'irai même jusqu'à croire que mon air paisible et mon apparence calme réconfortent et attirent, ce qui me fait paraître rassurante. Cette impression de douceur effacée qui se dégage de moi et qui me rend sympathique donne le sentiment que je suis facilement accessible mais en réalité je ne cherche pas à avoir d'attaches. Cela souligne sans doute une tendance pour la solitude mais je pense que c'est principalement imputable au fait que je ne fasse pas facilement confiance aux autres. En fait, je suis ravie dès que je passe inaperçue et je suis passée maître dans l'art de me faire oublier.

D'une façon générale, je recherche la facilité et je passe mon temps à fuir les situations qui me mettent en difficulté. Elles révèlent mes faiblesses et je me replie toujours sur moi-même au moindre choc émotif. Mon désir d'éviter les conflits peut parfois aller jusqu'à me rendre excessivement passive et tolérante. J'ai tendance à vouloir éviter de déranger et de causer des soucis, préférant essayer de résoudre seule les problèmes qui se présentent à moi plutôt que de demander de l'aide. A la vérité, je suis quelqu'un qui refoule ses sentiments et ses émotions ce qui peut parfois donner l'impression que je suis insensible mais surtout introvertie. N'étant pas passionnée, je sais relativement bien faire abstraction de mes sentiments ce qui constitue une force mais c'est aussi une faiblesse. Plus sensible que je n'en ai l'air, je me révèle fragile, impressionnable, rêveuse et suggestive dès que je me sens un peu déstabilisée. En réalité, vous aurez raison de moi par le sentiment bien plus que par la force. C'est pourquoi je me méfie particulièrement de mon émotivité et de tout ce qui concerne la sphère affective.

Malgré tout, j'ai appris à devenir indépendante et autonome. On ne peut pas dire que j'impose souvent ma volonté aux autres, au vue de mon attitude lâche face aux conflits, mais je peux être quelqu'un de réellement obstinée pour peu que les choses que je défende me tiennent à cœur. De même, ma volonté et ma capacité de travail sont supérieures à la moyenne même si leur rythme d'exécution n'en est pas pour autant plus rapide. Je suis particulièrement modeste sur mes capacités et je ne déborde pas de confiance en moi. Pourtant, je sais m'adapter rapidement, j'ai le sens de l'initiative et je suis prompt à agir efficacement. Disciplinée, ma patience me rend rigoureuse pour ne pas dire méticuleuse et je ne perds jamais mes objectifs de vue. Enfin, je peux me montrer versatile et manipulatrice en jouant sur mon physique pour duper mes ennemis et les surprendre à revers. Je suis parfaitement consciente du fait que l'on puisse me sous-estimer en me jugeant d'après mon apparence. Cependant, je sais faire de cette faiblesse une force en l'exploitant au maximum et ainsi me révéler bien plus dangereuse que je n'y parais au premier abord. Comme l'on dit, il vaut toujours mieux se méfier de l'eau qui dort...



Capacité spécifique :
- Suiton
- Futon (bien que je l'ignore encore)

Aptitudes de combat :


Cela ne surprendra personne mais mon style de combat manque terriblement de puissance. En fait, mes attaques reposent en priorité sur ma rapidité et surtout sur mon agilité. Plus que tout, on peut dire que je ne suis pas une adversaire des plus loyales. Je n'hésite pas à prendre en traître et à exploiter toutes les faiblesses de mes adversaires. Par ailleurs, je n'ai pas pour habitude de faire preuve de retenue ou de sentimentalisme. Avec moi, il vaut mieux rester constamment sur ses gardes et s'attendre à tout. Je suis une combattante assez imprévisible en cela que je sais très vite m'adapter. Ainsi, je peux tout aussi bien attaquer de front, en traître ou adopter un style défensif en attendant une ouverture. Ne possédant pas une quantité très importante de chakra, les combats longs me désavantagent et j'ai appris à l'économiser au même titre que mes mouvements. Par conséquent, je me contente d'attaques rapides et précises en évitant de prendre des risques inconsidérés. Consciente de mes faiblesses et surtout lâche de premier ordre, je m'efforce en général d'éviter un affrontement direct et je préfère prendre la fuite plutôt que prendre le risque d'être gravement blessée. Cependant, si le combat s'avère inévitable, je peux me montrer particulièrement tenace et persévérante.

Concrêtement, on peut me considérer comme un ninja assez polivalent sans aucun talent particulier pour l'une des trois principales disciplines de combat. Je reste cependant une grande amatrice du corps à corps et j'utilise souvent les jutsu pour m'offrir des ouvertures dans un combat plus rapproché. Malgré cette facette offensive, je n'en reste pas moins prudente et je ne prends jamais de risques qui ne soient calculés malgré la multitude des erreurs possibles. Je dois reconnaître être assez fière de ma défense au corps à corps mais celle-ci laisse à désirer face à des jutsu plus ou moins puissants. Sur un autre registre, je n'ai absolument aucune compétence en justu médicale et j'avoue à regret être une piètre pisteuse. Mes talents sont davantage taillés pour des missions d'infiltration ou d'espionnage ou pour un soutient dans des missions sans trop de difficulté nécessitant rapidité et discrétion. Pour résumer, on pourrait sans mal me comparer à une guêpe. Je ne cesse d'être en mouvement et d'enchaîner les attaques en cherchant les faiblesses pour mieux blesser mortellement avec précision tout en restant assez vive pour rester hors de portée de dangers éventuels. Malheureusement pour moi, il n'est pas impossible de tuer une guêpe...

Inventaire :
Il n'y a vraiment rien d'intéressant à dire à ce niveau mis à part le fait que je possède tout le matériel de base de tout bon ninja. Par cela j'entends une quantité raisonnable de shuriken et de kunai ainsi que les inévitables fils de métal et toutes sortes de notes explosives sans parler des fumigènes et autre bombes aveuglantes.

Autre :
Le seul point que l'on peut prendre la peine de signaler est que je suis particulièrement à l'aise dans la manipulation de kunai. Je pense que l'on peut dire qu'il s'agit de mon arme de prédilection et entre mes mains, elle peut s'avérer véritablement redoutable.


Techniques : à venir


U.C :la construction de ma fiche risque de prendre du temps et je m'en excuse mais ne la supprimer pas. Je mettrais l'histoire à la suite de ce message car elle sera très longue donc ne postez pas pour me permettre de garder une unité. Merci de votre patience et de votre compréhension Wink .


Dernière édition par Nezumi Kumiko le Lun 6 Juil - 15:06, édité 15 fois
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MessageSujet: Re: Nezumi Kumiko [chap.3/9]   Mar 23 Juin - 11:09



Chapitre 1 : "Naissance d'une petite souris"

Je suis née sur un bateau.
Je me souviens que cet aveux avait déclenché l'hilarité de ceux qui l'avaient entendu à mon arrivée à Kiri. On ne peut pas décemment concevoir qu'une fille de mon genre ait pu repriser des filets ou écailler des poissons. Il y avait quelque chose de vulgaire à cette idée qui étrangement ne semblait pas convenir à l'image que je renvoyais. Pourtant, c'était toute mon enfance que l'on niait dans un grand éclat de rire. Une enfance que j'avais connu belle et riche et dont le souvenir m'étais aussi précieux que les paysages qui m'avaient vu grandir. Je ne m'étais jamais habituée à cette réaction que je jugeais cruelle et humiliante et j'avais bien vite cesser de mettre les autres dans la confidence de mes origines. Pourtant, même si je ne les évoquais jamais, je ne pouvais m'empêcher de ressentir fierté et nostalgie au souvenir de ma terre natale. Mon village n'avait pourtant rien d'extraordinaire. Comme tout ceux de son genre, il s'étalait le long d'une plage aride jonchées de diverses embarcations et qui à chaque heure de la journée se trouvait être le théâtre d'une activité intense. Aucune prétention dans l'architecture éclectique et désordonnée des maisons de bois qui s'organisaient de façon anarchique et resserrée au plus près de la large bande de sable. Pour être sincère, je réalise aujourd'hui à quel point il devait paraître pittoresque et misérable quand à l'époque il me semblait merveilleux. Il était le seul univers que je connaissais et je n'envisageais pas de partir en découvrir un autre. Mon empire s'étalait dans chacune de ses petites rues, chacun de ses ateliers, chaque pont qui enjambait la rivière et les trois ruisseaux qui le parcouraient. Pour autant, le village en lui-même ne suffit pas à expliquer l'impérissable souvenir que j'ai gardé de cet endroit.

Je n'avais besoin que d'une vingtaine de minute de marche pour rejoindre le bord d'une falaise située à quelques distance du village. Je m'assaillais en balançant mes jambes dans le vide monstrueux, le visage fouetté par le vent violent qui semblait vouloir m'y précipiter, m'amenant l'odeur salée des embruns, et je laissais mon regard vagabonder dans la magnificence de ce paysage. Je pouvais passer des heures à contempler l'océan sans jamais éprouver la moindre lassitude. Je le sentais vivre au rythme des pulsations de mon cœur, chanter à l'unisson du vent glacé dans mes oreilles, sourire à chaque rayon de soleil qui le parcourait. Du haut de mon perchoir au bord de la falaise, on pouvait admirer toute la pureté de cette étendue bleue immense et insondable. Si la mer possédait une majesté qui m'attirait immanquablement, je ne pouvais m'empêcher de la préférer en hiver. Lorsqu'à l'aube le vent ne s'était pas encore réellement levé et n'avait pas dissipé la brume qui flottait au dessus de l'eau, prisonnière de la petite baie. Je me levais bien avant le soleil pour contempler le village encore endormi dans ce brouillard évanescent qui lui donnait des allures mythiques malgré le froid qui m'engourdissait et se glissait insidieusement dans mes vêtements humides. Puis, je m'avançais sur la plage et contemplais avec une admiration muette la beauté éphémère de la mer calme devenue noire, environnée par un univers blanc et opaque qui me donnait l'impression d'être seule au monde. Je me sentais privilégiée. C'était comme être soudainement autorisée à contempler ce que les simples mortels ne peuvent pas voir. Je crois qu'il y a une sorte d'impossibilité sentimentale à décrire le grandiose. En quelque sorte, la brume a été mon premier amour. Un souvenir puissant, joyeux et inaltérable qui m'habiterait pour le restant de mes jours. Cette terre était tout simplement la mienne et donc la plus magique qui soit.

J'ai toujours savouré ces moments de communion avec le paysage sans doute parce que j'appréciais la solitude qu'ils m'apportaient. Ce n'était pas un luxe dont je bénéficiais tous les jours. Quand on appartient à une famille pauvre de huit enfants destinés à arracher à la mer leur subsistance, inutile de préciser qu'on ne chaume pas et qu'il faut avoir le goût de la vie en communauté. Par une chance que je ne pouvais qu'attribuer à un destin bienveillant, j'étais la dernière de cette tribu. Ainsi, je n'avais pas eu à porter sur mes épaules la lourde responsabilité de mon frère aîné comme je n'avais pas eu à m'encombrer d'une jalousie futile à la place de mon frère cadet. Je ne connaissais pas non plus les trésors de patience et de dévotion dont avait du faire preuve ma sœur, la première fille de la lignée qui s'était vue confié très tôt le rôle de maman de substitution. En fait, je crois que j'aurais été tout simplement incapable de supporter les jumeaux qui tout jeune étaient déjà de véritables petits diables. Je n'avais pas eu à subir toute mon enfance leur brimade de petits garçons querelleurs et taquins au point de me transformer en véritable petite peste comme ma deuxième sœur et j'avais hérité d'un caractère tout juste suffisamment affirmé pour ne pas ressembler à ma troisième sœur qui suivait la seconde comme son ombre et faisait office de souffre douleur pour toute la famille... enfin, surtout pour les jumeaux qui avaient jeté sur elle leur dévolu mesquin.

Toute cette petite bande était née à pratiquement un an d'intervalle et j'avoue avoir toujours admirer ma mère pour avoir fait preuve d'autant de courage et avoir survécu à autant d'épreuve. Ce n'était pas tant le fait d'élever en même temps sept enfants plus ou moins turbulents qui m'impressionnait, mais plutôt le fait qu'il s'agît de mes frères et sœurs. La tâche m'aurait parue à moi tout à fait insurmontable. Au fond, j'ai toujours pensé qu'elle avait du vouloir faire pénitence de quelques erreurs passées car un tel défi était si colossale que le simple amour maternel ne pouvait pas le justifier. Et puis, il avait fallu que je me fasse remarquer avant même ma naissance et comme toujours, je n'y étais pour rien. Trois années étaient passées après l'arrivée du septième enfant de la famille et la saison de la pèche avait été particulièrement médiocre ce qui n'annonçait rien de bon pour les mois d'hiver à venir. Les villageois avaient du s'endetter pour acheter de quoi tenir durant cette période car s'il s'avérait qu'il fallait trouver de nouvelles zones de pèches, ils ne pouvaient se permettre de gâcher des hommes et du matériel avant que les conditions ne deviennent plus clémentes. En effet, la mer était souvent agitée au large les jours de mauvais temps et il était pratiquement impossible d'espérer ramener la moindre prise. En un mot comme en cent, ce n'était pas le moment idéal pour ma naissance, mon développement et mon épanouissement. Comme cela arrive souvent dans ces régions pauvres et reculées, survivre était un combat que l'on menait dès la naissance et ceux qui n'étaient pas suffisamment forts ne méritaient pas le droit de vivre. Cette grossesse non désirée par mes parents fut la pire qu'ils connurent.

D'une santé de fer, ma mère expérimenta pour la première fois les tourments délicats des nausées matinales puis ressentit très vite les premiers signes de fatigue. Jamais embryon et fétus ne furent plus avides de vie que je le fus. Je prenais tout ce que l'on avait à m'offrir : énergie, nourriture, sommeil, santé... Sans répit je poussais le corps de ma mère jusque dans ces extrêmes limites, exigeant toujours plus au mépris des tortures que je lui faisais subir. Comble de malchance et preuve de mon inhumanité alors même que je ne méritais pas le nom d'être humain, je m'annonçais pour le tout début du printemps. Le dernier mois, le plus difficile, se passerait donc en plein hiver en des temps de disette et de tempête avant que je ne vois le jour dans un printemps frileux mais porteur d'espoir. Autant dire que je n'avais pas raté l'annonce de mon arrivée prochaine dans ce monde ! Les privations et la fatigue de ma mère firent naître des inquiétudes quand à l'enfant à naître : moi. Serais-je assez forte pour survivre ? Et si j'étais mort-née ? Ne devait-on pas plutôt essayer de sauver ma mère dont l'état se dégradait de jour en jour ? En plein cœur de cette saison aussi merveilleuse que cruelle, ma mère attrapa une fièvre qui la laissait tremblante et épuisée au point qu'elle ne parvenait plus à s'alimenter correctement. Harassée par cet enfant qui pompait toute son énergie et par la maladie, elle endura plus que quiconque aurait été prêt à supporter. Pourtant, cette terrible épreuve n'était pas destinée à un dénouement tragique. L'hiver et les fièvres finirent par s'en aller, apportant la vigueur d'un jeune printemps transporté par un vent chaud venu du sud qui gonflait les voiles du navire nous servant de demeure.

En quelques jours, le paysage désolé et sinistre se métamorphosa en une explosion de couleur et de senteur. A profusion, la vie reprenait ses droits comme une revanche sur les derniers mois glacés. C'est alors que je me décidais à venir au monde. Après avoir été la source des âpres épisodes douloureux de ces neufs derniers mois, j'arrivais après la bataille sans le moindre remord. Ma naissance fut un évènement qui mobilisa tout le village. Que ce soit par pitié, par curiosité, par altruisme, par solidarité, jamais autant de monde ne se réunit pour apporter son aide à un accouchement qui s'annonçait difficile. Et il le fut ! Pas moins de neuf heures furent nécessaire à un travail de tous les instants dont ma mère supplia d'être délivrée par une mort immédiate. Non contente d'avoir mené à mal son corps depuis le début, je m'évertuais à ne pas simplifier les choses jusqu'à la fin.

Finalement, entourée de la moitié du village quand l'autre moitié attendait dehors dans l'angoisse, ma mère mit au monde l'adorable démon pour lequel elle avait tant souffert. J'avoue que j'ai toujours eu du mal à me représenter la scène que l'on m'a pourtant souvent décrite par la suite. Je crois que personne après tant d'effort ne s'attendait à voir arriver une crevette de seulement deux kilos toute menue et fripée protestant tout ce qu'elle savait contre les voyeurs hilares qui l'entouraient. Je venais à peine d'arriver dans ce monde que je me démarquais déjà de mes frères et sœurs par ma fragile constitution et le duvet blanc, léger, qui s'annonçait sur mon crâne. Pas étonnant que je m'indignais à grande force de pleurs et de braillements des moqueries et de l'humiliation dont je faisais l'objet. Je crois que le paroxysme du ridicule fut atteint lorsque le reste de ma famille nous entoura ma mère et moi après qu'on se soit assuré de notre état de santé. Après l'étonnement, l'amusement et l'allégresse, le débat s'engagea au sujet des quelques syllabes qui m'accompagneraient toute ma vie en me désignant comme une personne unique et à part entière. Les propositions fusaient dans la plus grande anarchie tandis qu'enfin calmée, je m'étais accrochée à la tétine d'un biberon avec la ferme intention de ne plus le lâcher ; ma mère étant trop faible pour m'alimenter.

C'est alors qu'un des jumeaux miraculeusement silencieux jusqu'ici s'approcha de moi et m'observa avec un profond sérieux. Ce comportement extrêmement inhabituel le concernant alerta le reste de la famille qui fit silence et attendit un verdict qui ne tarda pas à tomber : « Elle est minuscule et toute rose, on dirait une petite souris. ». Les éclats de rire retentirent une nouvelle fois et comme il fallait s'y attendre, je me remis à pleurer. Au fond, je pense que j'étais parfaitement consciente de la situation et que je m'énervais que cet instant si solennel et déterminant pour mon futur soit traité avec autant de légèreté. Quoiqu'il en soit, cette proposition qui n'en était pas une fut acceptée à l'unanimité comme pour immortaliser le comique de mon tout premier instant dans ce monde. Je dois reconnaître qu'après avoir été la source d'autant d'inquiétudes et d'ennuis, il y avait quelque chose de décevant à voir naître une enfant si fluette. Il s'agissait d'un paradoxe tellement aberrant qu'il ne pouvait qu'être cocasse, du moins, je suppose. Sitôt la comparaison lancée dans l'esprit de chacun, il fut impossible de l'en déloger et c'est ainsi que je me retrouvai appelée Nezumi, Nezumi Kumiko.
Chapitre 2 : "Effrayant inconnu"

Je m'aperçois qu'il me reste bien peu de chose de mon enfance. En est-ce ainsi de toutes les périodes heureuse et insouciantes ? Je pense tout simplement que je n'ai pas su assez l'apprécier pour qu'elle soit fixée solidement et durablement dans ma mémoire. J'étais alors trop jeune et candide pour penser qu'elle pouvait prendre fin un jour. A la vérité, lorsque l'on me questionne sur mon enfance, je me rappelle avec nostalgie le choc glacé du contact des kakigoori* avec mes dents, les longues après-midi d'été passées à jouer au bord de la rivière, le roulis léger qui me berçait chaque soir pour m'endormir, l'odeur forte de poisson sur les mains de mon père et celle de jasmin dans le cou de ma mère. Je me souviens des brimades et des chamailleries de ma fratrie tout comme de nos jeux et de nos éclats de rire. Il s'agit sans doute du moment de ma vie qui fut le plus stable jusqu'à aujourd'hui et il dura d'ailleurs la majeure partie de celle-ci. Cependant, aussi étrange que cela puisse paraître, ces souvenirs ne sont pas ceux que je chéris avec le plus de tendresse et de regret. Ils appartiennent à une vie et à un bonheur révolu sans doute idéalisés dont j'ai fait le deuil depuis bien longtemps. Preuve de ma volonté de ne préserver que la joie de ces instants, je ne me souviens encore à ce jour d'aucun épisode fâcheux ou désagréable alors qu'il était impossible de concevoir qu'en douze ans d'existence dans ce petit village, je n'avais subi ni les privations, ni les tempêtes, ni les brimades ou le regards des autres.

Car rapidement, il apparut évident que je serais différente. Mes cheveux, que l'on s'attendait à voir virer au blond comme ceux de ma sœur aînée, gardèrent la pureté du sel tout comme ma peau opaline vierge de toute imperfection faisant ressortir mes yeux d'un rouge légèrement rosé comme la chaire des poissons que nous pêchions et qui ne faisaient que confirmer mon albinisme. Mon corps gracile et svelte me conférait des membres fins et longs en proportion à ma petitesse, m'offrant une musculature souple et fuselée. Ces particularités physiques m'isolaient quelque part du reste du village mais je ne réalisais pas alors qu'au delà de ma différence, c'était avant tout ma beauté qui en était la cause. Bien sûr il était tout à fait probable que j'en eu effrayé certains mais ce que je ne soupçonnais pas c'est que d'autres me jalousaient. Pour preuve, si l'on se fit à ma mémoire plus que sélective de cette période, je n'ai jamais eu d'amis de mon âge et je ne me rendais nulle part sans être accompagnée par un membre de ma famille ; exception faîtes de mes escapades à la falaise ou en plein brouillard bien sûr.


Dernière édition par Nezumi Kumiko le Ven 3 Juil - 18:50, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Nezumi Kumiko [chap.3/9]   Jeu 2 Juil - 16:42

Concernant mon quotidien, la vie que je menais alors n'était pas celle d'une enfant aisée et capricieuse comme on peut en voir dans les villes. Comme cela arrive souvent dans les régions pauvres, sitôt que l'on était capable de nous acquitter d'une tâche, elle nous était confiée. Les jeunes enfants étaient ainsi assignés très jeune aux tâches délicates qu'eux seuls pouvaient accomplir telles que la pêche aux crustacés ou aux anguilles, le décorticage des crevettes et le reprisage des filets les plus fins. La plupart d'entre nous étions pêcheurs de génération en génération et l'eau était notre élément naturel. Il était inimaginable qu'un enfant d'une dizaine d'année ne sache pas nager une heure et demi durant ou qu'il soit incapable de plonger en apnée pendant un peu moins d'une dizaine de minutes. Or, j'avais toujours été championne dans ses deux disciplines ce qui fait que je ne saurais dire si dans ma vie j'ai passé plus de temps sur terre que dans l'eau ou inversement. Presque honteuse d'attirer l'attention malgré moi, j'étais d'un naturel posé, sage et prudent tout en restant alerte, vive et débrouillarde. Je ne désirais pas causer de soucis et j'étais toujours prête à apporter mon aide quand on me le demandait. En réalité, effacée et gentille, j'avais le profil type de l'éternelle suiveuse dévouée, ce dont ma fratrie abusait volontiers.

J'aurais pu continuer à vivre ainsi jusqu'à ma mort mais le destin en décida autrement. Bien qu'il ne m'en reste plus que quelques détails flous, je me rappelle vaguement que l'économie du village allait de mal en pis depuis ma naissance. Les bancs de poissons avaient été en grande partie décimés, les tempêtes avaient causé plusieurs avaries, les prix de vente avaient considérablement baissés. Alors que je venais tout juste d'avoir onze ans, mes parents étaient devenus trop pauvres pour assurer la subsistance de toute la famille. L'heure était grave et plus que jamais, je cherchais à me faire oublier car les villageois ignorants et superstitieux étaient persuadés que j'étais responsable de ces temps difficiles. La raison ? Elle est simple. J'étais la victime idéal avec mon apparence de fantôme et mon caractère effacé qui me rendait particulièrement vulnérables aux attaques en tout genre. Mis au pied du mur, mes parents durent trouver une solution et c'est ainsi que je fus contrainte de subir le plus grand bouleversement de mon existence. J'allais être envoyée pour un temps chez la sœur de ma mère dans un village prospère avec lequel le notre faisait parfois commerce ce qui permettrait à mon père de venir me voir de temps à autre. Deux de mes frères et sœurs subirent le même destin chez des membres de notre famille que je n'avais jamais rencontrés et dont j'ignorais même l'existence jusqu'à ce jour.

Pour moi, les adieux furent déchirants mais là encore, il me semble que ma mémoire a enjolivé les évènements. Mon frère aîné m'accompagnait durant la traversée car j'étais la plus jeune à partir et nous embarquâmes sur un navire de passage pour une somme faramineuse à nos yeux. Le vague à l'âme, je me souviens que les premières heures du voyages furent un supplice durant lesquelles je ne cessais de me plaindre de mon sort et où je regrettais amèrement ma falaise, mon brouillard, mes filets... L'inconnu me terrifiait et les îles que nous dépassions et que je n'avais jamais vu me paraissaient terriblement hostiles et dangereuses. Je ne sais trop comment, mais je finis par m'endormir sur les cordages et ce fut mon frère qui me réveilla plusieurs heures après notre départ. Aux mouvements du navire, je compris que nous étions à l'arrêt et le brouhaha indescriptible qui me parvenait acheva de me laisser supposer que nous nous trouvions dans un port. La première chose qui me sauta aux yeux fut l'immensité de cette endroit. A la vérité, ce n'était qu'une toute petite ville de province mais en comparaison de mon village, sa superficie me paraissait inimaginable. Immédiatement, je fus fascinée et les regrets que j'avais eu durant la première partie du voyage furent bien vite oubliés. Donnant la main à mon frère, nous descendîmes sur le quai, ce que je trouvais dommage puisque cela me privait de la vue de la ville entière et surtout, me jetait dans une foule dense qui m'empêcha bientôt d'observer tout à mon aise les nouveautés qui s'offraient à moi. Heureusement, nous ne tardâmes pas à déboucher sur une grande artère où je pouvais enfin laisser libre cours à ma curiosité.

En ayant vécu toute ma jeunesse à l'écart du monde, j'ignorais tout de ce dernier et la vue des choses les plus communes me ravissait et me remplissait d'étonnement. Plus que jamais, j'incarnais la jeune provinciale ignorante que j'étais. La ville était un terrain perpétuel de découverte et d'apprentissage. De toute part, surgissaient des signes que j'étais incapable de déchiffrer mais qui me fascinaient. A chaque pas, apparaissaient des objets nouveaux dont j'ignorais l'utilité. Partout, des sons, des couleurs, des odeurs qui m'étaient inconnus m'assaillaient. Dans cette gigantesque orgie de nouveauté que ma curiosité avait du mal à absorber, j'étais en proie à des vertiges étourdissants. Pour la toute première fois, je me sentais exaltée et prodigieusement heureuse d'être en vie. Comment avais-je pu vivre à l'écart de tant de merveilles ? Le monde que la veille j'étais sûre de quitter sans regrets si l'occasion se présentait avait-il réellement tant de choses à offrir ? Ma vie que je dédaignais ou plutôt que je subissais pouvait-elle être si riche et amusante ? Tous mes repères avaient été balayés d'un coup et j'avais ressenti une si vive émotion que lorsque nous nous arrêtâmes après nous être enfoncés dans un dédale de petites rues, je me senti épuisée et prête à m'évanouir.

En plus de ma joie d'exploratrice improvisée, je ressentais une sorte de peur à constater avec impuissance mon ignorance et à me sentir totalement perdue dans cet univers. Moi qui n'avais jamais connu que les rivages et les quelques habitants de mon villages, la ville et sa foule nombreuse m'apparaissait comme un monstre d'une incroyable complexité qui me dévorerait dès qu'il en aurait l'occasion si je ne prenais pas garde. Le temps passé à admirer le paysage urbain en nous frayant un chemin parmi les autres passants me parut extraordinairement court. Il me semblait que nous venions à peine d'arriver que nous nous trouvions déjà à destination. Il s'agissait d'une injustice innommable que je comptais bien réparer en profitant du moindre de mes moments de liberté à venir pour prolonger et approfondir mon exploration. Le bâtiment que nous avions cherché était une grande bâtisse qui ne se distinguait pas des autres à l'aspect propre sans être neuf et dont la porte d'entrée était grande ouverte sur la rue. Accrochés sur une enseigne au mur, inscrits sur un écriteau devant le trottoir, apposé sur une pancarte derrière la vitre, je rencontrais de nouveau les signes cabalistiques que j'avais surpris en venant. Je supposais qu'ils avaient une fonction particulière mais je n'avais tout bonnement aucune idée de celle-ci. Dépitée et à court d'idées convaincantes ou du moins crédibles, je finis par conclure qu'ils avaient un grand esthétisme et que c'était là la raison de leur présence sur les façades. Je n'eus pas le loisir de pousser plus loin ma réflexion car à peine nous étions nous arrêter devant le bâtiment que l'on vint à notre rencontre. Seuls quelques pas nous séparaient et la femme qui se dirigeait vers nous les parcourut en quelques secondes mais c'était largement suffisant pour que la première impression qu'elle me fit soit profondément négative.

Elle était plutôt grande et comme ma mère possédait une longue chevelure blonde, mais là s'arrêtait la ressemblance. Ses yeux noirs qu'elle avait trop grands dans son visage chevalin lui donnaient un air hautain que confirmaient de petites lèvres pincées qui ne devaient connaître que rarement les bienfaits d'un sourire. De plus, elle était maigre et énergique ce qui lui donnait un air autoritaire qui me révulsa immédiatement. Elle s'entretint avec mon frère en échangeant des banalités comme en engendrent toujours les retrouvailles hypocrites. Puis, elle se tourna vers moi alors que je me cachais du mieux que je le pouvais derrière mon frère, plus timide et apeurée que jamais. Il n'allait tout de même pas me confier à elle ? ! Elle prit mon visage entre ses mains et m'observa longuement des pieds à la tête ce qui me fit me sentir extrêmement mal à l'aise. Elle avait le regard de mon père quand il jugeait de la fiabilité de tel ou tel filet et j'avais l'impression de ne plus avoir aucun secret pour elle après qu'elle m'eut passé au crible. Lorsqu'elle s'estima enfin satisfaite, elle me lâcha et je compris pourquoi il valait mieux ne pas la voir sourire. Lorsqu'elle le faisait, elle ressemblait à un brochet et la comparaison avait cela d'inquiétant qu'elle me donnait effectivement l'impression d'être prête à me dévorer.

Je m'agrippais au bras de mon frère qui fit tout pour me rassurer et m'assura qu'il reviendrait bientôt me voir, accompagné par mon père. Ce fut la seule condition pour que j'acceptasse de suivre la femme-brochet sans pouvoir m'empêcher d'avoir un mauvais pressentiment. J'ignorais à quel point il allait se révéler fondé... Sitôt que mon frère eut disparu, sa poigne se fit plus ferme et elle me traîna à l'intérieur du magasin jusqu'à la réserve où elle se décida enfin à me lâcher. Recroquevillée contre le mur, je l'observais avec mes grands yeux interrogateurs, parfaitement inconsciente de ce qui était en train de se passer. Pourquoi agissait-elle ainsi ? Qu'allait-il m'arriver ? Elle me détailla à nouveau et je me sentis rougir jusqu'à la racine des cheveux. Assurément, son comportement n'était pas normal mais sans doute que si je faisais ce qu'elle me disait, les choses se passeraient bien. J'avais appris depuis longtemps que lorsque l'on se montrait sage et raisonnable, les gens étaient gentils avec nous. Elle devait simplement ne pas savoir comment si prendre avec une enfant.

- Merveilleuse, vraiment merveilleuse... Tu dois valoir une patite fortune.

Elle croisa ses bras sur sa poitrine maigre et afficha de nouveau son sourire de brochet. Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait entendre par là et j'attendais patiemment qu'elle m'en donne l'explication. Comme celle-ci ne vint pas, je pensai avoir mal compris à cause de son accent qui différait du mien et j'essayai de trouver un nouveau sens à ses paroles

- Je n'ai pas d'argent sur moi. Mais je peux faire le ménage ou aider à la boutique.

Elle ricana d'un rire méchant et je me mis réellement à m'inquiéter

- En plus de ça, tu es très sotte. C'est parfait.

Elle se retourna et ferma la porte derrière elle d'où s'éleva le cliquetis caractéristique d'une serrure

- Qu'est ce que vous faîtes ? Je veux revoir mon frère ! Laissez-moi partir !

Je me mis à taper contre la porte en hurlant jusqu'à ce qu'un coup plus violent que les miens me répondisse

- Arrête un peu ce vacarme ! Si tu continues, je t'envoie à la cave ! Je te laisserai partir demain.

L'argument de la cave eut raison de toutes mes velléités de rébellion. Mais je ne pouvais pas m'empêcher d'être terriblement angoissée quant au lendemain matin. Pourtant, j'espérais me faire des idées. C'était tout de même ma tante, elle ne ferait rien qui me porte préjudice et si j'étais sage, elle finirait surement par me faire confiance. Je pleurais beaucoup, mais en silence avant de sombrer dans un sommeil de plombs après m'être restaurée. Lorsque je me réveillai, je me trouvais couchée et enveloppée dans une couverture. Le bruit des grillons m'indiqua que la nuit avait du tomber mais c'était à d'autres sons que je m'intéressais. En effet, l'ouïe était le seul sens auquel je pouvais me fier tant mes membres étaient étrangement engourdis tandis que l'obscurité me privait de toute visibilité. Je reconnus la voix sèche de ma tante et celle d'un homme qui parlait d'un ton vulgaire et bourrus

- Vous êtes sûre que je ne risque pas de problème ?

- La drogue que je leur donne les affaiblis pendant encore quelques heures

- Avec ce que m'a coutée la dernière, vous devriez au moins m'assurer de leur sommeil pendant toute la durée du voyage !

- Arrêtez un peu de vous plaindre ! Je vous rappel que c'est un excellent investissement que celui de ma nièce.

- Il vous est tout aussi profitable... Vous êtes vraiment une femme immonde.

- Je vous retourne le compliment.

- Comment allez-vous faire pour vote famille ?

- Je n'aurai qu'à dire qu'elle s'est enfuie. C'est quelque chose qui arrive tous les jours et je sais être très persuasive, vous le savez. A propos, j'aurai sans doute d'autre filles d'ici un mois alors assurez nos partenaires que je comptre bien poursuivre mes affaires avec eux.

L'homme grogna quelque chose comme un « oui » alors que j'essayais désespérément de me maintenir éveillée. Je réalisais que l'on me soulevais, mais j'étais incapable du moindre mouvement et je préférais fermée les yeux de peur de m'attirer davantage d'ennuis que je n'en avais déjà. Pourtant, dans mon esprit embrumé, la réalité s'imposait petit à petit. J'avais été droguée et vendue à cet homme pour être visiblement transporter dans un autre endroit comme une vulgaire marchandise. C'est alors que les mots de cette femme que je me refusais à reconnaître comme ma tante me revinrent en mémoire : « Merveilleuse... tu dois valoir une petite fortune ». A quelle fin au juste avais-je été vendu ? La réponse à cette question me fit frissonner et comme à chaque fois que je me trouvais devant des interrogations contraignantes, je préférais l'ignorer et attendre de voir ce qui allait m'arriver. Avant de retomber dans l'inconscience, j'eus le temps d'entendre un marins parler du village de Kiri. Était-ce notre destination ? Je fus déposée sur un matelas défoncé où se trouvaient déjà d'autres jeunes filles et je perdis à nouveau connaissance.

*kakigouri : glace pilée arrosée d'un sirop.


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MessageSujet: Re: Nezumi Kumiko [chap.3/9]   Lun 6 Juil - 15:26

Chapitre 3 : "Fatum fatalis"
Lorsque je m'éveillai, je mis un peu de temps à réaliser où je me trouvais. Je pense qu'au fond j'avais espéré que tout ceci n'était qu'un terrible cauchemar et que je finirais par me réveiller chez moi, cet endroit que je n'aurais jamais du quitter. A la vérité, le seul point commun entre ma couche sommaire et mon petit lit duveteux était le roulis caractéristique qu'entraînaient inévitablement les vagues sur un bateau. La pièce dans laquelle je me trouvais était exiguë et sentait le moisi. Les planches de mois suintaient d'humidité et seule une faible lumière perçait d'un hublot placé juste au-dessus de la ligne de flottaison. La première chose que je ressentis fut un léger mal de crâne et des yeux lourds comme si je n'avais pas suffisamment dormi. Je me passai la main sur ces derniers et tentaient de faire le point malgré mon esprit embrumé. J'avais été forcée de partir de chez moi pour finalement être vendue à des gens dont je ne savais rien si ce n'était qu'ils se rendaient à Kiri. Si c'était suffisamment révoltant et effrayant en soi, ce qui l'était encore plus c'était d'ignorer ce qui allait advenir de moi à présent. J'avais entendu des rumeurs, des histoires de voyageurs... Kiri semblait être le dernier endroit fait pour quelqu'un comme moi.

J'étais si perdue entre tristesse, colère et incrédulité qu'au final je ne ressentais plus rien d'autre qu'une grande douleur et une immense fatigue. M'étais-je déjà résignée ? Sans doute. Je ne trouvais plus la force de me plaindre ou de pleurer. Je restais simplement là, la tête posée sur mes genoux en attendant un événement quelconque qui mettrait fin à ce cauchemar ou me prouverait au contraire qu'il ne faisait que commencer. Combien de temps restai-je ainsi à grelotter de froid au prise avec l'abattement et mon incapacité à me révolter ? Je n'en sais rien. Lorsque l'on vint nous donner à manger, je constatai avec étonnement que les autres filles étaient réveillées elles-aussi. Nous étions huit au total et le seul point commun que nous avions était notre jeunesse et notre beauté. A voir leur visage, je compris qu'elles étaient aussi désorientées et résignées que moi. Certaines discutaient à voix basses mais nous étions toutes si effrayées que le silence et l'immobilité nous semblait être la seule consolation possible. Quand au reste, je ne me souviens plus très bien de ce qui se passa. Il me semble que la nourriture contenait à nouveau la drogue que l'on nous avait déjà donné mais à plus faible dose cette fois. Je me réveillais par accoues d'un sommeil sans rêve avec les lèvres pâteuses et la sensation d'avoir trop dormi. Au bout d'un moment cependant, je commençai à me sentir plus alerte et mon attention fut attirée par trois autre fille qui s'étaient réunies un peu plus loin.
- Ca ne peut pas marcher je te dis !
- Bien sûr que si ! Il est tout seul quant il vient nous nourrir.
- De toute façon, même si on y arrivait, on ne pourrait pas s'enfuir d'un bateau
- Je suis certaine qu'il y a des canots
- Comment peur-tu être aussi sûre de toi ?
- Je n'avais pas suffisamment mangé quand j'étais chez elle et je me suis réveillée peu avant qu'on embarque. Je suis certaine d'avoir vu deux canots à la proue arrière.

Il y eut un moment de silence avant que celle aux longs cheveux noirs qui semblaient mener l'insurrection ne reprenne la parole.
- Il faut trois jours pour rallier Kiri et d'après ce qu'on en sait, on ne devrait plus tarder à arriver. C'est faisable mais il faut qu'on s'y mette toute ensemble.
- Que fait-on pour les autres ?

A nouveau le silence tomba sur le petit groupe et elles se mirent à parler encore plus bas.
- On est obligée de les laisser. Elles résistent mal aux effets de la drogue et un petit groupe à plus de chance d'y arriver.

C'était une chance inespérée. Je me relevai du matelas miteux et les rejoignit en silence avec une maladresse qui provenait certainement des effets de la drogue en question. Les trois comploteuses me regardèrent avec inquiétude, craignant sans doute que je ne réveille les autres.
- Je viens avec vous.

La fille aux longs cheveux noirs me jaugea du regard et acquiesça en silence.
- Je donnerai le signal. Faîtes semblant de dormir et tenez vous aussi prêtes que possible. Il ne devrait plus tarder.

J'étais admirative de sa façon de prendre en main les évènements dans une situation aussi critique. De plus, elle était parvenue à évaluer le temps que nous avions passé ici alors que pour ma part cela pouvait faire quelques heures comme une semaine. Je me recouchai en me forçant à rester le plus alerte aussi. Déjà, des pas descendant un escalier se firent entendre. Mon cœur battait à tout rompre et chaque muscle de mon corps était tendu ou tremblant. La porte s'ouvrit en faisant pénétrer la lumière d'une bougie et le marin qui devait nous nourrir s'avança vers la première fille encore endormi qu'il vit. Je me risquai à jeter un coup d'œil et je le vis s'agenouiller en tournant le dos à la porte qu'il avait laissé ouverte. J'inclinai légèrement la tête pour observer mes complices et je croisai le regard de la meneuse. Elle attendit encore quelques secondes que le marin finisse par réveiller la jeune fille dont il s'occupait avant de donner le signal :
- Maintenant !

Nous sautâmes toutes les quatre sur nos pieds en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire et nous nous ruâmes sur la porte. J'avais été la seconde à sortir et je m'engouffrai dans une coursive mal éclairée en avisant l'escalier qui me faisait face et dans lequel je me jetai. Un cri derrière moi m'appris que le marin avait attrapé la dernière d'entre nous mais la peur me donnait des ailes et je courrais à en perdre haleine. Ayant enfin fini de gravir l'escalier, nous parvînmes sur le point. Sentir le vent sur nos visage nous fit un bien fou après avoir moisi deux jours et demi dans une pièce humide et mal ventilée. Il faisait nuit mais cinq marins demeuraient à leur poste. C'était notre premier obstacle. Nous avions ralenti en arrivant au sommet de l'escalier mais nous reprîmes bientôt notre course effrénée en entendant que l'on donnait l'alerte. On devait faire vite et le seul désir de nous échapper dictait nos actes. Ils se précipitèrent sur nous mais nous étions plus rapides et nous leur filions entre les doigts. Il ne manquait plus que quelques mètres avant d'atteindre les canots. Ils étaient là, juste devant nous, si proches... Un homme surgit à ma gauche et je bondis dans la direction opposée en évitant de justesse les mains qu'il tendait pour me saisir. Je vis la fille aux cheveux noirs me dépasser en trombe lorsqu'une main se referma sur mon poignet et me propulsa avec force contre la rambarde du pont. Je n'eus aucun moyen de ralentir ma chute et je sentis mon visage frapper brutalement un élément métallique qui affleurait du bois. Un liquide chaud se mit à couler sur ma joue et je m'évanouis.

Je dois reconnaître que la douleur a toujours eu sur moi l'effet hautement bénéfique de me rendre parfaitement consciente et alerte. Celle que je ressentais présentement était sourde, comme si je la ressentais avec une intensité nettement diminuée. Alors que je m'interrogeais sur ce prodige qui m'évitait de souffrir outre mesure, je remuai et voulu porter la main à ma joue. Quelqu'un la repoussa sans ménagement et m'intima de rester tranquille alors que je sentais de petits tiraillements sur ma peau. J'avais été transportée dans une pièce beaucoup plus propre que celle qui m'avait accueillie jusqu'à présent et allongée sur un lit enfin digne de porter ce nom. J'entrouvrais à peine les yeux car l'homme qui semblait s'appliquer à me soigner œuvrait tout près de mon œil droit dont les cils avaient collés par le sang séché. Je me contentais donc de rester le plus immobile possible tout en observant à la dérobée le vieux marins aux yeux incroyablement bleus surmontés de fines lunettes. Après encore une ou deux minutes, il sembla satisfait et appliqua une compresse froide sur ma peau qui me fit soudainement comprendre qu'elle était gonflée à hauteur de la pommette. A ce moment, la porte s'ouvrit à toute volée sur un homme dont la voix me fut familière puisqu'il s'agissait de celui qui s'était adressé à ma tante au moment de ma transaction.
- Où en es-tu ?
- J'ai terminé.

Le nouvel arrivant s'approcha de moi tandis que son compagnon lui faisait de la place et que je me recroquevillais au plus près du mur. Sans prendre garde à mes efforts futiles, il prit mon menton et m'observa comme s'il évaluait les dégâts sur une marchandise malencontreusement abîmée. A la réflexion, plus qu'une similitude, c'était exactement ce qu'il devait être en train de faire. Visiblement, le résultat n'était pas concluant
- Même si tu as des doigts de fée Yuuri, elle es invendable à présent
- Cela devrait très bien cicatriser. De plus, elle a la peau si blanche que la cicatrice devrait être invisible d'ici quelques temps.

Son patron éclata d'un rire gras en se décidant enfin à me relâcher.
- Essaye un peu d'expliquer ça aux clients quand ils la verront si amochée !

Il reprit son sérieux et m'observa à nouveau avec ce regard évaluateur qui me mettait si mal à l'aise et en saisissant une mèches de mes longs cheveux blancs.
- Franchement... Qu'est ce qui lui a pris à cet imbécile de faire un tel gâchis ? Cette petite aurait pu nous rapporter gros... Il n'est pas près d'en avoir fini avec ces dettes.

Avec un soupir désolé, il sortit en faisant claquer la porte derrière lui et je me retrouvais à nouveau aux bons soins de mon infirmier qui sortit une glace afin de me montrer l'étendue des dégâts. Le visage que je découvris ne semblait pas être le mien. Mon œil droit était gonflé et légèrement mauve à tel point que l'on avait l'impression que je le plissais continuellement ce qui donnait une drôle d'impression avec mon iris rouge et pâle qui trônait en son centre. Du bord de la tempe jusqu'à environ deux centimètres du nez, la peau s'était ouverte en suivant la ligne de la pommette. Je dénombrai au total une quinzaine de points de suture extrêmement rapprochés certainement pour garantir une cicatrice aussi fine que possible. Autours de la blessure, ma peau était rosée et cela contrastait si fortement avec ma peau habituellement laiteuse que la plaie en paraissait plus grande et plus grave qu'elle n'était réellement. Il avait nettoyé le sang mais une trace restait présente sur mon cou et dans mes cheveux. Je levai la main pour l'effleurer mais à nouveau, l'homme aux yeux bleus m'en empêcha
- Mais c'est une véritable manie ! Le mieux que tu aies à faire c'est de ne pas y toucher. Attends...

Il fouilla dans un tiroir non loin et en ressortit une bande blanche roulée sur elle-même. Avec d'infinies précaution, il plaça une compresse froide sur mon œil avant de disposer la bande. Je suivais tous ses mouvements sur la glace qu'il avait laissé entre mes mains en essayant de les imprimer dans mon esprit au cas où j'aurais besoin de les reproduire par la suite.
- Il faudra le changer régulièrement pour éviter que ça ne s'infecte et tu dois la porter continuellement tant que la cicatrisation n'est pas pratiquement terminée pour empêcher d'abîmer les points. Si tu veux que la cicatrice puisse devenir plus ou moins invisible, tu as en plus intérêt à éviter toute exposition au soleil. Ton oeil devrait commencer à dégonfler d'ici deux à trois jours et tu risques d'avoir l'impression que toute cette zone est endormie pendant encore quelques heures.

Je l'écoutai sans l'interrompre et pour être honnête, sans vraiment lui prêter une oreille attentive. Je m'étais résignée à l'idée d'être vendue une fois arrivée à Kiri. J'avais accepté ce futur comme inéluctable et j'avais décidé d'en prendre mon parti plutôt que de chercher idiotement à m'y soustraire. Ma dernière tentative en ce sens avait lamentablement échoué en plus de m'avoir blessée. Mais si je me retrouvais invendable ? Qu'est ce que j'allais devenir ?
- Que va-t-il m'arriver ?
Mon infirmier arrêta son geste en me regardant d'un air surpris avant de reprendre ce qu'il faisait.
- Aucune idée gamine. A l'origine tu aurais dû être vendue pour ta beauté à quelques appréciateurs de Kiri mais comme cette beauté est temporairement compromise, je ne sais pas ce que le capitaine va bien pouvoir faire de toi.

Il acheva d'enrouler la bande et j'observais le résultat avec une pointe de soulagement. Il valait en effet mieux cacher ma blessure même si pour l'heure cela me rendait borgne. En fait, cela me donnait un drôle d'air et me mangeait la moitié du visage mais j'étais satisfaite de ne plus voir ma peau horriblement rosée et les fils qui la parsemaient. Un homme hurla quelque chose d'inintelligible dans le couloir et l'infirmier se leva en étirant ses bras.
- On arrivre. Viens avec moi.

Je me levai à mon tour en sentait ma tête me tourner un peu mais la poigne ferme du marin m'empêchait de tomber. Je me laissais guidée dans les coursives étroites et nous rejoignîmes la cale où se trouvaient déjà les autres captives. J'avisais immédiatement avec joie que les deux complices de ma fuite n'étaient pas présentes. Si elles n'avaient pas pu avoir le temps de mettre le canot à l'eau, elles avaient sans doute du sauter dans l'espoir de rejoindre une côte. Je me sentis infiniment mieux de savoir que ma propre capture avait pu leur permettre à elles de réussir. Nous fûmes placées en différents groupes et je fus maintenue à l'écart. Je me doutais que l'on n'allait pas chercher à mettre en avant une marchandise endommagée. Dès que le navire fut amarré, nous n'eûmes à attendre que quelques minutes avant que le capitaine ne reparaisse accompagné par six autres personnes qui n'avaient rien de marins. Il m'apparut évident qu'ils étaient tous des hommes et des femmes d'affaire avisés et l'autorité qui se dégageaient d'eux était indéniable. Je sentis qu'un vent d'inquiétude régna sur mes camarades. Avaient-elles espéré jusqu'à la fin qu'elles échapperaient à leur destin ? Les clients s'avancèrent parmi d'elles sans éprouver la moindre gène ou la moindre réserve à les détailler avec minutie. Cette scène m'emplit de dégoût. Ils commentaient leurs qualités physiques, caressaient leur peau et leur cheveux, évaluait ce qu'elles deviendraient en grandissant... Ils ne les voyaient absolument pas pour ce qu'elles étaient : des jeunes filles terrifiées qui n'avaient pas méritées d'être traitées ainsi.


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MessageSujet: Re: Nezumi Kumiko [chap.3/9]   Lun 6 Juil - 15:27

Les enchères commencèrent, menées avec brio par un capitaine qui semblait familier à ce genre d'exercice. Puis, ils repartaient avec leur « bien ». Certaines essayaient bien de se débattre ou appelaient à l'aide, mais nous n'étions toutes que des gamines dont la plus vieille n'avait pas treize ans. Il ne fallait pas espérer leur échapper à présent. Sur un signe du capitaine, on m'amena à mon tour tout à la fin des enchères. Il m'eut été difficile de deviner ce que ces clients pensaient de moi mais au final, sans doute le capitaine résuma-t-il l'idée générale.

- Que dîtes-vous de cette magnifique jeune fille ? Une peau de nacre plus douce que de la soie, de longs cheveux neigeux aussi fluides que du satin et une grâce rare, légère, qui la rend tout à fait unique..

- Vous n'allez tout de même pas nous vendre une fille abîmée ? Vous nous aviez habitué à une autre qualité...

L'assistance rit méchamment à mon encontre et je me sentis terriblement gênée. Si je ne m'étais pas comportée si bêtement en voulant m'enfuir j'aurais sans doute eu une situation plus simple et un futur assuré.

- Je vous en pris... Elle est blessée, certes. Cependant, elle guérira rapidement et il n'y paraîtra plus. Vous n'allez tout de même pas laisser passer une occasion pareille ?

Les enchères commencèrent très bas en comparaison de mes camarades mais malgré tout, les clients se montrèrent réticents. Seuls d'eux d'entre eux se risquèrent sur de petites sommes et finalement, je fus vendue à une femme élégante aux yeux de rapace pour qui cet investissement semblait davantage appartenir au domaine de la charité que du pari gagnant même si j'étais son seul achat. Je ne tardai pas à me retrouver à ses côtés sur le quai et l'on me fit monter dans une chaise à porteurs en sa compagnie. Elle était de taille moyenne avec des yeux verts extrêmement vifs et brillants mais sans doute était-ce du à son maquillage. Elle avait un air doux et très mélancolique qui la rendait séduisante et des cheveux roux remontés dans un chignon compliqué.

- Quel âge as-tu ?

- Onze ans Madame.

Elle se pencha vers moi et m'observa comme avec les autres filles.

- Ce capitaine n'a pas tout à fait tord. Tu aurais eu du potentiel si tu avais été en bon état.

Ces paroles me figèrent sur place et immédiatement les paroles encourageantes de l'infirmier sur ma guérison me revinrent en mémoire. Je n'étais plus tout à fait sûre de vouloir enlever ce bandeau un jour. Elle me jeta un regard hautain et fataliste avant d'assener ces mots avec dédain.

- Ta seule utilité à présent et d'être servante. Nous verrons plus tard si en effet ton cas est à reconsidérer
Dans les jours qui suivirent, je fus donc assignée à mes nouvelles tâches avec la docilité d'un agneau. Pour autant, je ne tardais pas à comprendre que l'établissement de mon honorable propriétaire ne se résumait pas à une simple auberge. Ce n'était pas un hasard si le personnel qui travaillait ici était entièrement constitué de filles ou si ces dernières prenaient grand soin de leur apparence. La vérité était qu'il leur arrivait régulièrement de proposer des services tout particuliers dans une des chambres dévolues à cet effet. Du haut de mes onze ans, j'étais horrifiée, dégoutée et terrifiée en me demandant ce qu'il adviendrait de moi lorsque le miséricordieux bandage qui me défigurait ne serait plus nécessaire. Sans doute essaierais-je de gagner du temps en rallongeant la nécessité de le porter pendant encore quelques jours, mais ce n'était qu'une solution temporaire et inefficace. Déjà, malgré tous mes efforts pour me fondre dans le paysage et le rôle de servante dévouée, je commençais à me faire remarquer. On complimentait une peau désespérément blanche et douce malgré les longues heures passées à travailler au soleil dans l'espoir de la voir perdre de son éclat, on suivait mes mouvements du regard comme s'il y avait là une magie quelconque qui captait l'attention et ne la lâchait plus. Pourtant, il faut reconnaître que personne n'a mis meilleure volonté que moi à m'enlaidir.

J'acceptais avec joie toutes les basses besognes qui pouvaient me mettre des cales aux mains, je ne me plaignais jamais des vêtements vieux et informes qu'on m'offrait, je relevais continuellement mes cheveux et les recouvrais d'un fichu, j'allais même jusqu'à m'enduire de cendres ou de poussière et j'adoptais des attitudes humbles et effacées qui auraient du me faire paraître inexistante. Autant essayer de dissimuler un buffle derrière un tronc d'arbre. Tous les soirs avant de me coucher sur le futton que l'on m'avait abandonner par charité, je constatais la terrible guérison de ma blessure qui scellait chaque jour un peu plus mon effrayante destinée. L'idée me vint à plusieurs reprises de prendre les choses en main et de me taillader le visage à l'aide d'une paire de ciseaux. L'outil de mon salut entre les mains, je pesais alors le pour et le contre d'une vie éternelle de servante hideuse à celle plus éphémère de prostituée de luxe. D'en être arrivée à me poser une telle question acheva de me convaincre de mon incroyable couardise. Étrangement, je n'étais pas résignée pour autant. J'espérais une intervention providentielle qui viendrait me sauver de ce dilemme apeurant. Après m'avoir jetée sur les mers en me forçant à abandonner ma terre natale, le destin me devait bien ça !

Quoiqu'il en soit pour toute dette qu'il eût à mon égard, il ne semblait pas pressé de régler son ardoise et mes espérances se révélèrent aussi puériles et inutiles que le laissait présager mon âge. Je finis par me retrouver dans la situation où mon bandage était d'une totale inutilité médicale et d'une incroyable nécessité psychologique. En plus de chercher continuellement des moyens de m'enlaidir, avoir plus de la moitié du visage dissimuler m'avait permis de cacher cette beauté maudite qui était la source de mes tourments. Je l'effleurais du bout des doigts une trentaine de fois par jour en me demandant combien de temps encore cette comédie me mettrait à l'abri. Une vieille domestique (bien qu'ici le mot esclave semblait plus approprié) qui avait pour coutume de me charger de toutes sortes de tâches allant du nettoyage acharné à la l'arrachage de mauvaises herbes, crut voir là un signe d'impatience et essaya une pitoyable tentative d'encouragement, assurant que je pourrais bientôt revoir le monde de mes deux yeux. Si seulement elle avait eu la moindre idée du désespoir dans lequel me plongeait cette annonce...

C'est alors que je découvris à quel point la peur jointe à sa fidèle alliée la lâcheté pouvait pousser les gens à prendre des décisions stupides et inconsidérées. Ne voyant aucune échappatoire à ma situation, je devais recourir au plus basique des instincts de survie : la fuite. Ma résolution prise, je fut étonnée de la sentir si sûre et sincère. Un tel aplomb me semblait si peu naturel que je commençais à émettre de sérieux doute sur mes chances de succès. Je n'avais pas tout à fait tord... Trouver des vêtements, un sac et des provisions fut d'une facilité déconcertante qui me confortait dans mes idées d'évasion. N'était ce pas là un signe ? Je planifiais avec soins mon projet lorsqu'un jour on fit appeler toutes les servantes dans la cour. Depuis que j'avais intégré les rangs, ce qui semblait remonter à une éternité, je n'avais encore jamais assisté à des réunions de ce genre. Je compris bien vite pourquoi...
En me rangeant parmi les autres, j'aperçus une pauvre petite chose prostrée à genoux au centre du demi-cercle que nous formions. Il s'agissait d'une jeune fille calme et discrète avec laquelle j'avais brièvement sympathisé au cours de corvées communes. Quand j'y repense aujourd'hui, je ne peux m'empêcher de ressentir un effroi tel que je me mets à en trembler. Le personnel était divisé en deux groupes distincts dont l'écart social tenait plus du gouffre infranchissable que de la fissure négligeable. En bas de l'échelle, il y avait nous, les servantes considérées comme des esclaves et traitées comme tels par les hôtesses. Seul ce nom semblait assez vague pour contenir toutes les tâches qu'on leur assignait. Elles servaient les clients, les divertissaient en conversation, en danse ou en musique et satisfaisait leur désir. C'était là que subsistait la différence radicale avec les mythiques Geisha. Jamais l'une d'elle ne se serait abaissée à céder leurs faveurs à leurs clients contrairement à celles qui travaillaient ici et ne faisaient que semblant de les imiter. De plus, être Geisha était un art qu'aucune sous ce toit ne maîtrisait, ce qui ne les empêchaient pas une seconde de continuer leur simagrées. Cependant, il y avait une personne qui se substituait à celle qui m'avait acheté en ce qui concernait l'autorité : l'intendante. C'était une vieille femme sèche et rancunière qui possédait un œil de lynx. Rien ne lui échappait. Même les actes dont elle n'avait pas été témoin lui étaient rapportés. Elle s'avança vers nous et je bénissais ma petite taille qui me dissimulait derrière les autres.
- Si j'ai demandé à ce que vous soyez toutes présentes aujourd'hui c'est pour que vous sachiez à quoi vous attendre si jamais vous vouliez vous enfuir. Miyao a été surprise en train de forcer la porte de l'entrée dans l'espoir de quitter l'auberge.

La prénommée Miyao se mit à frissonner en entendant son nom et resta aussi immobile et silencieuse que possible. Je comprenais qu'à sa place j'aurais moi aussi cherché à disparaître dans le sol.
-Par conséquent, elle sera sévèrement punie à titre d'exemple.

Elle parcourut la petite assemblée sur laquelle reposait un silence de mort.
- Toi ! La nouvelle et toi, Chiaki. Approchez.

En comprenant qu'elle faisait allusion à moi et à celle derrière laquelle je me cachais consciencieusement, l'adrénaline déferla dans mes veines. Savait-elle que j'avais planifié moi-même de m'enfuir ? Allait-elle me punir au même titre que Miyao ? Je tremblais de tous mes membres alors que nous la rejoignions auprès de la pauvre fille. Sans ménagement, elle la releva et mis face au mur. Et c'est avec une terreur indescriptible que je compris soudain ce qu'elle comptait faire.
- Tenez lui les mains et faîtes en sorte qu'elle reste debout.

Je saisis en tremblant aussi fort qu'elle le poignet de ma camarade et croisai son regard effrayée. Savait-elle à quel point j'étais désolée d'être obligée de faire cela ? Savait-elle à quel point je la plaignais ? Le premier coup de fouet lui tira un cris aigüe de douleur et coupa littéralement sa tunique en deux. Il en fut ainsi des neufs autres qui suivirent et qui lui laissèrent le dos sanguinolents. J'avais été obligée de lui tenir fermement le bras pour l'empêcher de s'effondrer. J'avais tenté de fermer les yeux mais ces cris étaient déchirants et lorsque tout fut fini, j'étais sur le point d'éclater en sanglots. L'intendante nous laissa seules et des servantes plus âgées vinrent s'occuper de Miyao. Toutes mes velléités de fuite avaient disparu. Il était inenvisageable que je prenne un tel risque. Je retournai à mon travaille en étant convaincu que je n'aurais plus qu'à vivre ainsi jusqu'au restant de mes jours et que ce n'était peut être pas si mal en fin de compte. Je mangeais à ma faim, j'avais un toit au-dessus de ma tête et le travail n'était pas si épuisant que ce qu'il m'avait paru dans un premier temps.
On me fit appeler dans l'après-midi et je devinai sans mal la raison de cette convocation. Cela faisait une semaine que j'avais enlevé les points de suture conformément à ce que l'infirmier m'avait dit en partant et comme il l'avait dit, j'avais parfaitement cicatriser. Pour dire vrai, il était même impossible de distinguer la cicatrice si l'on n'y regardait pas de très prés. Cela me semblait plus qu'étrange et je me demandais comment il s'y était pris pour m'enlever même la plus petite chance d'échapper à cet avenir honteux que l'on me préparait. La femme qui m'avait achetée était présente et elle demanda à ce que j'enlevasse mon bandeau. Avec des gestes lents et consciente que rien n'interviendrait pour me sauver, je révélai ainsi mon visage aussi pur et doux que je l'avais avant d'être blessée. La femme-rapace s'approcha alors de moi avec ravissement et m'étudia avec un sourire qui confirmait ce que je pensais. Elle me confia à deux autres servantes qui me lavèrent consciencieusement. Je savais que je n'étais pas un modèle de propreté depuis que j'étais partie de chez moi et les rares fois où je m'étais regardée dans un miroir depuis que j'étais devenue servante n'avaient été que pour contempler un reflet extrêmement peu flatteur, fruit de mes efforts insensés. Cependant, je ne pensais tout de même pas mérité le récurage complet dont je fis l'objet. Ma peau devint rouge à force d'être frottée et l'eau était si chaude que j'avais peur d'en être brûlée. On me lava des pieds à la tête sous mes gémissements et mes plaintes assourdies et royalement ignorées. Puis, l'on me vêtit d'une robe bleu nuit pour laquelle j'étais trop jeune de cinq ans et qui mettait vulgairement en exergue mes formes naissantes. Mes cheveux furent peignés et séchés, chose qu'ils n'avaient pas connu depuis longtemps et il fut décidé de les laisser libre puisqu'ils atteignaient la même longueur que la robe, soit à mi-cuisse.

Lorsque je me regardai dans le miroir, je ne reconnue pas la jeune fille que j'étais. Évidemment, je me serais volontiers passée de cette robe cent fois trop courte et décolletée, tout comme je n'avais nul besoin de ce maquillage trop sombre et trop chargé. Pour autant, je devais reconnaître que le reflet que me renvoyais le miroir était celui d'une très jolie fille. On me présenta enfin à la tenancière qui se trouva véritablement et agréablement surprise en m'observant les lèvres entrouvertes par l'étonnement ravi. En cet instant, j'aurais voulu mourir pour cacher la honte que je ressentais mais évidemment, c'était un luxe qui ne m'étais pas permis.
- Ce soir, tu commences le travail en tant qu'hôtesse.

Dès que je me fut retrouvée seule, je me mis à pleurer. Avant de finir par accepter ce contre quoi j'avais fait tellement d'efforts.
[**afin de m'aider à préserver une unité dans ma fiche, ne postez pas avant que l'histoire ne soit terminée s'il vous plait.]
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